ARC Expérience du territoire

L’ARC EN 2016-2017

Ce qui arrive

Quand on parle de territoire, on ne parle pas seulement de géographie physique. S’il y a bien quelque chose en effet de cela – un territoire, c’est bien sûr un certain relief, une certaine composition des sols, des caractéristiques climatiques, etc. –, il en va aussi et surtout de géographie humaine : il s’agit d’un lieu ou d’un ensemble de lieux, construits, déconstruits reconstruits, aménagés, à certains moments ou à d’autres, dans certains buts ou dans d’autres. Bref, il s’agit aussi et surtout d’histoire. Un territoire, c’est toujours la manifestation concrète – au sens où c’est la manière  dont cela prend forme, dans le détail même de ce qui fait la vie quotidienne – d’intérêts économiques, idéologiques et politiques. Mais si, en tant que tel, un territoire ouvre donc un champ donné de possibles – celui qu’autorisent, précisément, les intérêts en question –, on comprend également qu’il en ferme d’autres par le même coup. Tant et si bien qu’une critique de l’ordre établi  économique, idéologique et politique – de fait, il n’a pas grand chose pour plaire ! – ne saurait se passer, sans doute, de s’intéresser à ce niveau-là. Bien mieux, peut-être doit-elle surtout s’y concentrer, si elle ne veut pas rester abstraite, si elle ne veut pas demeurer sans cesse reportée, sans cesse ajournée à des lendemains qui chantent, qui en réalité déchantent. Et si changer le monde, c’était d’abord changer la vie quotidienne ? Et si changer la vie quotidienne, la réinventer, la recréer de manière plus heureuse, c’était d’abord réinvestir le cadre qui la détermine, ce  territoire où elle a lieux, le détourner, se le réapproprier ? Du moins sont-ce les thèses et les hypothèses qu’on se propose ici d’interroger et d’expérimenter.

Sont concernés, les étudiants en année 3, 4 et 5.

Enseignants

¬ Vincent Carlier, volume, sculpture

¬ François Coadou, sciences humaines

¬ Nicolas Gautron, graphisme – coordinateur 2ème et 3ème années Art

Déroulé

Séquence 1 : Dérive sur le plateau de Millevaches (et au-delà ?)

Inventée par Guy Debord et Ivan Chtcheglov au cours de l’été 1953, la pratique de dérive consiste à expérimenter autrement l’espace – un territoire – hors des sentiers balisés de l’utilité économique, sociale et politique (cf. Guy Debord, « Théorie de la dérive, Les Lèvres nues, n°9, décembre 1956, p. 6-10). Initialement déployée par les lettristes et situationnistes dans l’espace de la ville, on se propose ici de l’étendre méthodiquement à l’espace rural.
Prenant pour point de départ le village de Tarnac, on se laissera porter, à la faveur des rencontres et des ambiances successives, à travers la plateau de Millevaches, terre marquée, historiquement, par la Résistance (cf. Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol Limousin, Paris, Hachette Littérature, 1974) et par les utopies (cf. Utopies en Limousin, Limoges, Les Ardents éditeur, 2014).

écouter « LEUR DÉRIVE » à Radio Vassivière

Annexe 1 / Semaines du 14 novembre 2016, du 27 février et 15 mai 2017 / Workshop « Une École d’art en 2017 » avec Formes Vives :

Modesta collective – une proposition divertissante pour une école d’art de son temps, 150 ans après la naissance du Capital (et de l’école d’art de Limoges).

Nous proposons de prendre le chemin de l’école à la ferme, avant de revenir à l’école. Nous créerons un collectif, pour vivre et travailler ensemble, un kibboutz nomade, d’artistes curieux et touche-à-tout, un début de bolo’ dont l’objet est d’ouvrir une voie personnelle, une voie que vous pourrez appeler par exemple école d’art si vous le souhaitez. Nous inventerons des formes  ensemble, ici et là, utiles et inutiles, surprenantes et ambitieuses, nous croiserons les pratiques, nous préparerons des fêtes, nous nous enivrerons de lectures, de rencontres, de banquets, nous travaillerons la terre comme nous bricolerons des machines, nos vies en sortiront transformées — ce que nous ne manquerons pas de vous faire partager. Atelier Formes Vives (mai 2016).

MAIS QUE S’EST-IL PASSÉ CETTE SEMAINE LÀ…

Annexe 2 / Semaine du 12 décembre 2016 / Workshop avec Philippe Robert « Le déplacé »*

Partant du constat qu’on parle d’une maison d’édition, la supposition initiale de ce workshop est qu’éditer a quelque chose à voir avec habiter. Mais comme il y a plusieurs manières d’habiter le monde, il y a peut-être plusieurs manières d’y éditer. À l’idée de maison d’édition – avec ce que cela suppose, entre autres, d’immobilité, d’ancrage dans un lieu, et pas un autre, on voudrait ici  substituer celle de cabane d’édition, avec ce que cela peut impliquer, par contre, de possibilité de se déplacer. Au cours de ce workshop, qui se terminera par une restitution publique, vendredi 16 décembre 2016, dans le cadre de Co-Libris, on proposera donc de partir de cette notion de déplacement, ou mieux, car elle est peut-être plus ambiguë, et par-là plus riche, de celle de déplacé.

Séquence 2 / Semaine du 18 avril 2017 : Architecture vernaculaire, auto construction

À partir des réflexions (rencontres, hypothèses, envies, opportunités…) menées pendant les premières phases de l’ARC, un chantier de construction vernaculaire sera lancé, pour expérimenter en action les notions convoquées (détourner, se réapproprier, habiter…). En plus de ces séquences et annexes, l’ARC programmera des séances courtes (une ou deux heures, une demi-journée, une journée) pour des discussions, projections, conférences.

Projets

L’ARC inaugure, en 2016-2017,  un cycle de deux ans, qui se prolongera en 2017-2018.

Sont en projet, pour 2016-2017 :

Un voyage à Barichara (Colombie), en partenariat avec Artepolis et l’Université Santo Tomas de Bucaramanga. Du fait de ses spécificités topographiques, la région de Barichiara est longtemps restée à l’écart des grands axes de communication colombiens. La région a conservé des savoirs faire locaux de construction en terre. Des techniques comme la tapia pisada ou le bahareque ont traversé le temps, grâce à une transmission de maestro à maestro. Aujourd’hui encore, la région résiste en partie à la standardisation de la construction rapide et bon marché et conserve une culture architecturale locale très spécifique qui s’accorde avec bon nombre de nos préoccupations globales : bilan écologique exceptionnel de la terre, usage de ressources locales et réemploi de matériaux…

Trois journées d’étude sur Henri Lefebvre, à Limoges et à Lille, en partenariat avec l’UMR STL (Lille 3, Lille 1, CNRS).
Invités possibles : Etienne Balibar, Rémi Hess, Pierre Macherey, Patrick Marcolini, Frédéric Thomas.
L’oeuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991) demeure aujourd’hui encore largement méconnue dans le champ philosophique contemporain. Né en 1901, proche un temps du surréalisme, dans les  années 20, avant de s’affirmer, dans les années 30 et 40, comme une figure clé du marxisme en France – mais d’un marxisme critique – il fut par la suite victime, pour ce qui est de sa carrière et de la diffusion de sa pensée, de sa liberté d’esprit, au niveau politique et théorique, au moment où le parti communiste, en France, s’entêtait quant à lui dans une certaine fidélité à Staline. C’est l’époque – la fin des années 50 – où ses recherches croisent celles de l’Internationale situationniste, sur le rapport entre vie quotidienne et milieu, ou la conception de la révolution comme une fête, et s’orientent du côté de la recherche sociologique. Enseignant à Nanterre, il sera l’une des sources intellectuelles de mai 68. Ces journées d’étude se proposent de revenir sur les différentes facettes de cette oeuvre singulière et féconde.

Une édition des actes de ces journées d’étude (en partenariat avec les éditions Art Book Magazine)
Une édition-synthèse des recherches menées pendant l’ARC

Bibliographie

  • Comité invisible, L’Insurrection qui vient, Paris, La fabrique, 2007.
  • Comité invisible, À nos amis, Paris, La fabrique, 2014.
  • Comité invisible, Maintenant, Paris, La fabrique, 2016.
  • Guy Debord, Œuvres, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2006.
  • Habiter poétiquement le monde, Villeneuve-d’Ascq, Musée d’art moderne Lille Métropole, 2010.
  • Internationale situationniste, Paris, Fayard, 1997.
  • Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne. Introduction, Paris, L’Arche, 1958.
  • Henri Lefebvre, La Production de l’espace (1974), Paris, Anthropos, 2000.
  • Marcel Mariën, L’Activité surréaliste en Belgique, Bruxelles, Lebeer-Hossmann, 1979.
  • Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967), Paris, Gallimard, coll. « folio actuel », 1992.
  • Raoul Vaneigem, Le Livre des plaisirs (1979), Bruxelles, Labor, 1993.
  • Raoul Vaneigem et Gérard Berréby, Rien n’est fini tout commence, Paris, Allia, 2014.

 

 

L’ARC EN 2015-2016

Réfléchir ce qui arrive

ARC Réfléchir ce qui arrive

 

Cet atelier s’inscrit en prolongement de l’ARC Expérience du territoire développé à l’école depuis 20XX.
Il prolonge les questions abordées de perception, représentation et relations au monde.
Il fait suite également à différentes préoccupations et modes opératoires engagés l’année passée où l’édition (au sens large de produire une forme publique, faire paraître, publier, afficher, envoyer, porter la voix, diffuser, transmettre, échanger, rendre public…) a joué un rôle actif en accompagnement des projets et de la recherche : l’édition comme outil d’expérience et d’exploration du territoire, qui projette, interagit, restitue, met en commun.

 

Enseignants

¬ Vincent Carlier, volume, sculpture

¬ Nicolas Gautron, graphisme – coordinateur 2ème et 3ème années Art

¬ Sonia Marques, création multimédia

Éditer comme acte graphique

Le graphisme joue un rôle actif à plusieurs niveaux :

  • comme interface, passeur entre un domaine et un public, lecteur…
  • un graphisme qui reçoit, interprète, remet en jeu
  • qui accompagne, participe, influe sur les projets
  • un graphisme partagé, collectif, qui donne les outils, donne la parole

D’un graphisme actif, cette notion se concentre aujourd’hui sur l’acte d’éditer.
L’édition définie comme le bras armé, agissant, pensant du graphisme.
Éditer pour rendre visible, rendre public, exposer, mettre en partage, en débat.

L’édition comme outil à chaque étape du projet :

  • l’édition comme prémisse, qui précède l’action, pose un contexte, une partition, croise des hypothèses
  • l’édition qui accompagne, commente en direct (une transcription permanente de tout), constate, révèle, rend visible, contribue à une lisibilité, à des circulations, articulations, orientations
  • l’édition qui restitue, rend compte, assemble, compile, fait sens, produit encore.

Faire avec

L’édition toujours au service de, en relation avec différents domaines, sujets, groupes, communautés, pratiques, besoins : éditer un projet, une expérience, un territoire, un fait, un état, une situation, une actualité… Confronter le graphisme à d’autres pratiques, amorcer des chantiers, créer des rencontres, solliciter des collaborations pour éditer ensemble.
→ Voir → Faire Avec

Réfléchir ce qui arrive

L’ARC Réfléchir ce qui arrive pose l’édition comme outil pour appréhender le monde.
Quelle relation au territoire, à l’environnement social, économique, géo-politique…, à ce qui nous entoure, à ce qui se passe, au quotidien, aux événements.
Comment nous recevons, interprétons et renvoyons ce qui arrive.
Qu’est-ce que nous percevons et comment nous agissons.
Comment le graphisme et l’édition occupent un rôle actif comme interface, passeur, interprète et acteur.

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PROGRAMME 2015-2016

Phase 1 : 2-6 novembre 2015
Phase 2 : 14-18 décembre 2015
Phase 3 : 22-26 février 2016
Phase 4 : 2-4 mai 2016

 

L’ARC EN 2014-2015

ici et partout à la fois

Unité d’enseignement : problématique et méthodologie de la recherche

Enseignants :

¬ Nicolas Gautron, graphiste
¬ Vincent Carlier, artiste

Contenu :

Longtemps définis par des limites ou des frontières, le territoire est aujourd’hui un  concept pluriel et évolutif qui peut désigner une multitude d’espaces ou de contextes.
L’idée est aujourd’hui partagée qu’aucun territoire n’est donné, mais qu’il est construit, soit par l’expérience de ses acteurs soit par les structures sociales et spatiales plus lourdes et plus complexe qui le font.
Dans leur Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Jacques Lévy et Michel Lussault nous disent que le territoire est un agencement de ressources matérielles et symboliques capables de structurer les conditions pratiques de l’existence d’un individu ou d’un collectif social et d’informer en retour cet individu ou ce collectif sur sa propre identité.
On pourrait poursuivre en remarquant que les acteurs ou les structures qui construisent un territoire sont aujourd’hui de plus en plus mobiles. A l’heure de la mondialisation, il est important de relier la notion de territoire à celles de mobilité et de mise en réseau (des  biens, des personnes, des savoirs, des cultures…).
Dans un premier temps, il s’agira de mettre en œuvre un laboratoire d’analyse du territoire qui nous est proche. Par des démarches d’observation, d’exploration, et d’analyse, nous questionnerons nos rapports au territoire(s) investis, afin d’en dégager des approches personnelles et collectives. Comment se positionner ? Quel(s) rôle(s) à jouer ? quel(s) rôle(s) à inventer ? Le dépaysement sur le territoire très proche.
En parallèle, nous ne pourrons pas nous contenter d’une simple mise en expérience spatiale ou contextuelle détachée des moyens et préoccupations actuelles. Il sera donc envisagé le développement d’une exploration du ailleurs, pour l’instant localisée ici,
comme un premier voyage immobile. Quels liens à mettre en place ? Comment ? Vers où ? Vers quoi ? Avec qui ? Cette étape s’inscrira comme la préparation d’un possible  déplacement à venir.

Objectifs :

  • Expérimenter toutes les étapes d’un travail de recherche par leur mise en œuvre directe,
    collectives et partagées.
  • Inventer les modes de restitutions et de diffusion de la recherche, qu’elle soit aboutie ou en cours.
  • Se risquer positivement à la mise en question et à l’invention de la recherche en art, en  explorant son caractère expérimental, prospectif et non formaté.
  • Susciter une prise d’autonomie professionnalisante des étudiants  grâce à leur  participation à toutes les étapes du travail (identifier et trouver les moyens pour chaque étape, de la définition à la restitution du projet).
  • Développer la transversalité et la complémentarité entre les étudiants par la mise à profit de leur différents cursus (art, design, ccic).
  • S’interroger sur le rôle de l’artiste aujourd’hui et son rapport au monde.

Références documentaires :

Modalités :

1er semestre
Semaine 46 / du 12 au 14 novembre 9h-18h
Semaine 51 / du lundi au vendredi / 9h-13h et 14h-18h
Semaine 7 / du lundi au vendredi / 9h-13h et 14h-18h

Évaluation :

  • Implication et investissement dans les différentes phases de la recherche. Qualités des
    réalisations.
  • Capacité d’analyse, de communication et de restitution.
  • Qualité de l’appropriation du travail en regard du projet personnel développer par l’étudiant en phase projet.

Sont concernés :

les années 3, 4 et 5 art et design / Master 2 CCIC

Crédits :

Voir modalités par année dans les tableaux de répartition des ECTS mentionnés dans le livret étudiant 2014-2015.

signature_ensaENSA LIMOGES | Campus de Vanteaux | 19, avenue Martin Luther King | B.P. 73824 | 87038 LIMOGES CEDEX 01 | 05 55 43 14 00