Kristina Depaulis | tapis corps| sept 2015

Kristina Depaulis

La résidence au sein de l’Ensa Limoges | du 15 mars au 15 juillet 2015 | dans l’atelier matériaux souples a été l’occasion pour moi de découvrir la richesse du feutre et de l’investir dans ma pratique. Le « tapis corps » incarne un état de frottement constitutif et destructif qui a engagé mon corps dans toutes les étapes de sa réalisation jusqu’à la performance. La découverte du feutre s’est faite d’évidence, comme une matière qui soutient un propos et s’articule avec elle en complète fusion.

Un jeu de faux caméléon s’est construit avec les « mobimorphes » et m’a amenée à explorer les finesses de la teinture avec Philippe Chazelle, compagnon teinturier et professeur à l’ENSA, dans le cadre d’une collaboration riche et fructueuse. La recherche des couleurs et des textures du sol du musée a donné lieu à 10 modules spécifiques. Leurs peaux, en lien au sol, apparaissent et disparaissent dans la manipulation qu’en font les expérimentateurs. Cette dynamique construit un glissement qui alimente les mouvements d’horizontalité et de verticalité des modules. La recherche chromatique, associée à un travail classique de patchwork m’a permis de jouer plus précisément avec le contexte du musée et de sa charge patrimoniale.

Démarche

La recherche que je mène autour des questions de l’espace, de son occupation par les corps, de son investissement social et des mémoires en jeu dans sa construction identitaire, introduit les rapports d’échanges et de construction du langage par la réalisation d’objets à manipuler provoquant une expérience.

Ces derniers sont créés et construits pour un espace donné. Ils impliquent une prise de risque de la part du spectateur qui accepte le jeu de la pratique, devenant alors sculpture vivante.

Les objets proposent systématiquement diverses contraintes qui, si elles ré-interrogent le corps “dans” ses perceptions non visuelles, ouvrent un champ de réflexion beaucoup plus large.

L’autre est la première des contraintes et des nécessités ; on se construit avec et contre. Concernant la mémoire il est le garde-fou mais aussi l’empêcheur de se rappeler en rond. Le souvenir étant une négociation, la contrainte partira de l’inévitable pression de l’autre et du groupe sur la mémoire individuelle et donc forcément collective.

Tapis-Corps / objet performance

Le Tapis-Corps est constitué de laine feutrée. Porté, il recouvre le corps à la manière d’une combinaison intégrale excluant les pieds, les mains et la tête. , Les coutures sont remplacées par des boutons pression qui permettent d’ouvrir ou de fermer le vêtement.
Il a été activé lors d’une performance qui consistait à capturer, par frottements successifs, [méthode utilisée par ailleurs pour la fabrication du tissu constitutif] les matières rencontrées le long d’un parcours dessiné par les anciennes fortifications de la ville en partant du musée.
Grâce à la constitution particulière de la laine feutrée, des éléments divers : minéraux, végétaux … ont pu s’accrocher durant le périple accompli, en même temps que se produisait une inévitable dégradation du vêtement porté.
L’expérience a donc permis à la fois de « charger » le tapis-corps et de le déstructurer : double dynamique porteuse de traces et d’impacts.Double, encore, la dimension spatiale interrogée : verticalité et horizontalité ; tant dans les gestes accomplis durant la partie active que dans le dépôt du vêtement, une fois la performance réalisée.
Posé à à plat sur le sol, il prend la forme d’un tapis qui résonne avec les tapisseries.

En savoir plus sur le travail de Kristina Depaulis

 

« à lier » une exposition suite à cette résidence

du 17 septembre au 26 octobre 2015 au Musée Labenche à Brive

Visuel de l'exposition "à lier" de Kristina DepaulisKristina Depaulis est une plasticienne contemporaine française.
Dans la lignée de Lygia Clark et de Rosemarie Trockel elle s’intéresse à l’interaction entre le public et les œuvres. Depuis plus de quinze ans elle amène le regardeur à explorer le territoire
de l’exposition autrement. Usant « d’objets » réalisés par ses soins elle tente de bousculer les sensations des corps visitant pour leur permettre de mieux voir, de mieux ressentir. La manipulation
des pièces permet une forme de désacralisation. Présentées dans un musée elles marquent le décalage entre le statut des œuvres conservées et celles de Kristina Depaulis, régies par ce contact physique.
Détournant les interdits « ne pas toucher », « ne pas s’assoir », elle joue avec les codes classiques de la visite des lieux patrimoniaux et amène le spectateur acceptant l’expérience jusqu’au vertige.
Pour y arriver il faut oser l’horizontalité, s’allonger, s’enfermer, s’isoler, sécher … un long travail pour enfin penser.

Kristina Depaulis aime nous faire regarder différemment notre quotidien. Elle nous convie à ses jeux en passant par la paresse et le sommeil, le déguisement ou l’interactivité. Elle nous fabrique imperceptiblement des souvenirs et un jour « la vision d’un canapé en skaï blanc [nous] replonge dans le plaisir d’avoir traversé [son] univers (…) »1

Au Musée Labenche où il est question de lien, nous entendons la folie. Lien et folie donc. Un oiseau, un fou qui se débat dans une tenue en plumes pour tenter de s’envoler. Envol, plongeon.
Humour, absurdité. Quel est le message ? C’est celui de la loi de la pesanteur où le corps redescend toujours sur terre. Une histoire de hauts et de bas, de petits hauts dans les grands bas. Il est aussi question d’oiseaux attrapés, de cages, de liaisons entre les bâtiments, les rues, les passants… D’attaches à créer pour ne pas devenir fous, de liens à nouer pour s’envoler, regarder au loin… Là où il est question d’utopie certains y verront de la résistance…

Lydia Scappini

1 B. J « Chère Madame Depaulis » in Voulez-vous ? Kristina Depaulis, 2011.

Télécharger la plaquette de l’exposition

 

« à lier » c’est aussi des objets à danser

Télécharger un plan construit comme un mode d’emploi qui vous guidera dans la ville sur un parcours singulier.

Plusieurs objets sont mis à votre disposition dans trois lieux clés de la ville afin de réaliser l’expérience : le musée Labenche, la Chapelle Saint Libéral et le Garage.

Cette chorégraphie dont vous êtes le danseur propose un jeu d’occupation de l’espace public. Votre participation dessinera les liens entre les lieux, entre les temps, entre vous.

Le parcours dansé est praticable de 14h à 18h du mercredi au samedi et de 15h à 18h le dimanche.

 

Cette exposition a été réalisée avec le soutien de : la Ville de Brive, l’École Nationale Supérieure d’Art de Limoges, Ministère de la Culture et les musées de France.

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