Laboratoire de recherche CCE

La céramique comme expérience

Le laboratoire de recherche de l’ENSA Limoges

Le laboratoire de recherche de l’École Nationale Supérieure d’Art de Limoges a été crée en octobre 2015. Pôle d’expertise, de pédagogie de recherche et lieu d’innovation, il s’inscrit dans la révolution numérique. Son objectif est de favoriser une création contemporaine transversale entre les filières art et design autour de la céramique. L’enjeu est de favoriser la rencontre entre artistes, théoriciens, enseignants, étudiants, techniciens autour d’idées, de gestes, et d’outils. Le numérique participe à cette réflexion, intégrant à l’étape de la conception, la phase de modélisation 3D et ses applications  d’impression.

TEXTE FONDATEUR : la philosophie du laboratoire

  1. Le contexte

La ville de Limoges et sa région sont un des lieux de référence de la céramique dans le monde. Son histoire ainsi que la présence forte de nombreuses institutions, de centres de recherche, dʼindustries, dʼentreprises et de startups en  témoignent. Dans ce contexte, lʼimportance de la recherche, quʼelle soit fondamentale ou appliquée, quʼelle concerne les nouveaux développements techniques ou la création libre est un chantier en constante ébullition.

La Céramique Comme Expérience, le nouveau laboratoire de recherche de lʼEcole Nationale Supérieure dʼArt de Limoges a ainsi ouvert en octobre 2015. Lʼobjectif plus spécifique et lʼambition de la recherche à lʼENSA est de favoriser une création contemporaine transversale entre ses filières art et design et dʼenvisager, autour dʼaxes prospectifs, des champs dʼexpérimentations et de réflexions qui associent recherches plastiques, théoriques et scientifiques autour de la céramique.
La première phase de cette réflexion (2015-2017) prend en compte un facteur important du renouveau de la céramique contemporaine; à savoir le « Makers Movement ». Ce mouvement établit souvent des passerelles entre lʼart, le design et un bricolage numérique et créatif. Il est fréquemment associé à des Fab Labs et détourne des outils comme lʼimprimante numérique 3D ou la fraiseuse numérique, pour inventer de nouvelles approches techniques et des regards sensibles adaptés à la céramique contemporaine. Le « Makers Movement » est emblématique de notre ère numérique, souvent décrite comme « la Troisième Révolution industrielle » (TRI).

Pôle dʼexpertise, de pédagogie de recherche et lieu dʼinnovation, le laboratoire sʼinscrit dans la révolution numérique actuelle. La transformation de la matière en données numériques, comme le décrit Gershenfeld, sʼinstaure comme lʼune de ses préoccupations centrales.
Cʼest dans cet esprit dʼexpérimentation (avec et à travers la transformation de la matière en données numériques comme élément formel et technique) que le laboratoire a proposé les entrées suivantes :

• Les mondes numériques – les « nouveaux » outils et leur appropriation hybride
• Les mondes numériques – matérialités numériques
• Lʼobjet scénographié
• Les objets composites, bi-matériaux (verre-céramique) et plus

Sur le mode de lʼinterférence1 constructive, ce laboratoire a pour ambition dʼétablir de nouveaux rapports entre la céramique et les mondes environnants, dʼencourager de nouveaux dialogues entre les étudiants engagés dans leur pratiques plastiques et des chercheurs de territoires éloignés, dʼimaginer des expériences sensibles pour construire des projets de collaborations, de coopérations et de productions aux frontières2 de ces territoires.
Dépasser le type, le modèle, la norme imposée par la tradition, créer des œuvres différentes suppose ainsi une rigueur obstinée qui doit se jouer de lʼhabituel, du courant, du standard, pour  surprendre le créateur et le spectateur.

1 La première définition dʼinterférence donnée par le dictionnaire Larousse est empruntée à la physique : il sʼagit dʼun « phénomène qui résulte de la superposition d’ondes de même nature et de fréquences égales (ou voisines), et qui se manifeste par une variation dans l’espace ou dans le temps de l’amplitude de la résultante des ondes ». Par analogie, on entend interférence comme une rencontre de deux ou plusieurs phénomènes qui agissent conjointement, souvent pour se modifier, se renforcer ou se contrarier.

2 Ces intentions génériques sont à mettre en perspective de lʼobjet frontière ou dʼinterface défini par Suzan Leigh Star et James Griesemer en 1989. « Lʼobjet frontière est un objet marquant une frontière tout en facilitant le dialogue entre des spécialistes dans la réalisation dʼun projet commun pluridisciplinaire. Un objet dʼintercompréhension et de coopération ». Institutional ecology, ʻTranslationsʼ, and Boundary objects : amateurs and profesionnals on Berkeleyʼs museum of vertebrate zoologie, Social Studies of Science, 1989, vol. 19 n°3, 387-420

Le laboratoire vise ainsi à impliquer la céramique qui est au cœur du projet, dans ses formes les plus diverses, les plus inattendues, voire les plus imprévisibles.

  1. Le but du laboratoire

• développer une pensée plastique
• élargir et approfondir les pratiques de chacun
• produire dans une optique de pratique concertée
• expérimenter sensiblement
• savoir transmettre

Outre une production commune, il sʼagira dans le laboratoire de réfléchir à la scénographie de cette production (les dispositifs techniques et esthétiques), dʼapprendre à archiver lʼhistorique de ces collaborations et de penser une stratégie de communication en vue de leur diffusion (médiation, développement dʼoutils technologiques de médiation, … ) pour aboutir à de nouvelles expériences muséographiques.

  1. Quelle recherche envisager ?

Dans cette optique, la notion de recherche y est définie comme un carrefour des possibles.
Lʼinterdisciplinarité y est examinée comme un antidote au problème posé par le morcellement grandissant des territoires de la connaissance et par la fragmentation des objets de connaissance dans les diverses disciplines.
Elle nʼest jamais pensée comme un juste milieu ou une simple négociation entre chercheurs ou entre institutions de savoir, mais comme lʼémergence pratique dʼintersections dans leurs pratiques et dans leurs pensées.

  1. Voir ensemble

Lʼintérêt dʼun laboratoire est de sʼintéresser aux nébuleuses plus quʼaux courants lisibles et de sʼintéresser à ce qui nʼa encore jamais été vu. Lʼexpérience des nébuleuses a toujours montré que lʼémergence des projets sʼest toujours faite au travers de rencontres (fussent-elles “brèves” ou hasardeuses) plus que dans lʼétablissement de programmes planifiés.
Dans ces espaces dʻéchanges et de débats interstitiels avec les chercheurs, animés dʼune volonté de porosité, et sur un mode souple, il est possible dʼouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur les frontières (ʻhors-pisteʼ serait peut-être une formule plus appropriée) pour viser à impliquer lʼart et le design comme la science dans ses formes les plus diverses, les plus inattendues, les plus surprenantes, voire les plus imprévisibles. Des rapprochements basés surtout sur les différences et les singularités de chaque domaine.

Le dialogue mais aussi lʼimmersion dans les ateliers et les laboratoires peut aboutir à lʼinvention de plates-formes collaboratives et à des productions communes ʻhors-normeʼ, si ces lieux de  travail se transforment occasionnellement en « lieux de passage » et non de « sous-traitance ou de prestation de service», ils ouvrent la porte à des formes de créations plus intuitives et sensibles.

Rechercher une production commune inhabituelle, hors-norme, sans modèle de référence, nous oblige à essayer de ʻvoir ensembleʼ. Une production commune dʼobjets qui sʼentend évidemment  dans une dimension matérielle, mais où « objet » est également à prendre dans le sens quʼon lui connaît dans le domaine du Droit – à savoir, une des conditions pour la formation d’un contrat. Le but de ces platesformes étant bien dʼimaginer et dʼétablir de nouveaux ʻcontratsʼ ou de nouvelles ʻconventions souplesʼ entre chercheurs.

Dans cette optique de pratique concertée, le but est dʼélargir et dʼapprofondir les pratiques de chacun.

Se déconstruire pour mieux innover, chercher à constamment perméabiliser les acquis et les savoirs, multiplier les approches tactiles et sensibles, baser ces projets sur la pratique en se situant délibérément au coeur de lʼatelier et du laboratoire, permet dʼexpérimenter dʼautres comportements et dʼautres territoires (quʼon pourrait qualifier de ʻnon-standardsʼ).
Sur fond de ʻsensible partagéʼ, la véritable réussite se mesurant à la capacité que chacun mettra à se ʻsurprendreʼ.

 

 Le laboratoire de recherche de l’Ensa Limoges, un reportage de 7ALimoges

 

L’équipe :

 

Les intervenants, les partenaires :

Les intervenants : Jonathan Keep, céramiste chercheur / Stéphane Dwernicki, designer, spécialiste de la 3D / Agence de design UNFOLD – Claire Warnier & Dries Verbruggen / Pascal Payeur, scénographe

Les partenaires : EESAB site de QUIMPER / École supérieure des Pyrénées, site de TARBES

Les structures d’accueil (ateliers, lieux physiques de la recherche) : ENSA Limoges / Centre international d’art verrier de Meisenthal [CIAV] / 3DCERAM / C2RMF – Laboratoire de recherche et de restauration des Musées de France  / Cerrinov

 

Les axes de recherche 2015-2017 → Céramique et numérique :

 

 

 

Les axes de recherche 2017-2018 → Céramique et scénographie :

 

 

 

journée de présentation des travaux du laboratoire de recherche 

Le 4 mai 2016

 

journée de présentation des travaux du laboratoire de recherche 

Le 24 mai 2017

 

First Central China International Ceramics Biennale

Henan Museum

Des travaux de cinq étudiants inscrits dans le labo de recherche, La Céramique Comme Expérience (CCE), ont été sélectionnés pour « Cont{r}act Earth », la première biennale internationale de céramique de Chine centrale (First Central China International Ceramics Biennale) au musée de Henan, Zhengzhou, Chine.

Marie Allo (Art), Chloé Andreutti (Design), Yisha Cai (Design), Laure Giraudaud (Design) et Inès Lavialle (Art) sont parties en Chine en décembre 2016 pour l’installation de leurs œuvres.

 

 

Les travaux sélectionnés inclus un triptyque en vidéo, un dessin mural, des pièces en terre imprimées en 3D et diverses formes hybrides en céramique et verre.

Les étudiants participeront également au colloque international organisé dans le cadre de cette Biennale et à une journée de visite des monuments et musées dans la région.

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La résidence CCE

Les journées d’étude CCE

 

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