résidence de Nelly Maurel

Nelly Maurel

Entre janvier et juin 2016, j’ai recopié le trajet qu’a effectué Antonin Artaud en 1936 et 1937. Je suis allée comme lui et dans le même ordre à Cuba, au Mexique et en Irlande. Parti les mains vides, il est entré en possession de deux objets disparus à son retour :

  • une épée qu’un « sorcier nègre » lui a donné à La Havane,
  • une canne découverte dans les mains d’un ami et qu’il proclama « canne de Saint-Patrick », Sainte relique de l’Irlande.

Il n’en reste aucune trace, en dehors des livres. En refaisant le parcours de ces objets, je n’ai pas cherché la vérité de ce qu’ils étaient devenus. J’ai ramassé des matériaux, j’ai fait des rencontres, habitée par la documentation consultée avant mon départ, avec l’idée de faire à mon retour des objets et des dessins qui reflètent de près ou de loin les pérégrinations et les intentions supposées d’Antonin Artaud.

En mai 2016 je suis arrivée à l’ENSA Limoges avec des matériaux, des idées, des souvenirs, des petits objets collectés durant le voyage. Bagues en os et pesos de Cuba, cailloux du Mexique, pierres et coquillages de l’île d’Aran, croix chrétiennes ou « Lucky Penny » de Dublin et Washington, trouvés par terre, achetés à peu de frais ou échangés.

J’ai trouvé sur place du bois de récupération, de vieux chromos des années 70 (décalcomanies à porcelaine), des clous à mater en cuivre, du plomb, des plaques de laiton. Les matériaux récupérés à Limoges ont eu la même importance que ceux collectés pendant le voyage.

Les ateliers de l’école m’ont permis d’expérimenter des techniques très différentes. J’ai utilisé l’atelier bois, métal, menuiserie, bijoux, porcelaine, céramique, décor. Les techniciens de l’école ont collaboré au développement de mes idées, par leur savoir-faire et leurs connaissances, m’aiguillant sur les possibilités offertes par l’école. Les équipements et l’outillage des ateliers sont d’une telle proximité, d’une telle facilité d’utilisation que j’ai pu me permettre de faire des expériences nouvelles, ce qui a largement contribué à la diversité formelle des travaux présentés à l’exposition finale.

Ces objets sont des objets de croyance, comme l’ont été la canne et l’épée, il sont uniques et difficiles ou impossibles à reproduire. Ils portent en eux une facture, des techniques, des formes mais aussi une économie hétéroclite et syncrétique.

Ce sont des mélanges, des conglomérats d’objets industriels et répandus comme « l’argent », des souvenirs de boutiques touristiques et de musées, mais aussi de savoir-faire spécifique, artisanal ou artistique, et de gestes symboliques.

Ces objets ressemblent à des objets de culte parce qu’il existe une apparence désignée pour les objets de croyance.

Mes objets n’appartiennent à aucune culture, sinon à la mienne. Ils ne sont d’aucun folklore et personne ne les a encore utilisés. Ils ont pourtant l’air anciens. Ils n’appartiennent à aucune culture et ne se réfèrent qu’à ça, à la culture des autres.

affiche

 

Ce projet a été financé par la FNAGP, l’ENSA Limoges et la Fonderie Susse Frères.
Il a donné lieu à une exposition du 8 au 20 septembre 2016 à la galerie Susse Frères, Palais-Royal, Paris.
Il sera montré au musée Estrine de Saint-Rémy de Provence du 24 septembre au 27 novembre 2016.

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