Visuel exposition "Premier rang" feuille d'information#4

Premier rang, feuille d’information #5

Composé de huit vitrines, qui rappellent les boîtes de bouquinistes des quais de Seine, « Premier rang » est un dispositif d’exposition installé à partir de janvier 2018 dans l’amphithéâtre de l’Ecole nationale supérieure d’art de Limoges. 

Destiné à l’ensemble des étudiant-e-s, il permet de montrer – à partir de la collection du Centre des livres d’artistes – la variété et la richesse des publications d’artistes telles qu’elles se font jour au début des années 1960, et d’aborder de façon singulière les mouvements artistiques des années 1960 et 1970 : fluxus, art minimal, art conceptuel, poésie concrète, poésie visuelle, land art…

Faiblement éclairé, l’amphithéâtre s’avère être un lieu idoine pour la présentation d’œuvres sur papier.

 

Feuille d’information #5 : Catalogues en tous genres – « Addenda »

→ Du 23 avril au 15 ami 2018 à l’ENSA Limoges

Photo : Vitrine de l'exposition PREMIER RANG #5En guise de point final aux trois volets de Catalogues en tous genres, la présente exposition consiste en deux publications ajoutées à celles déjà montrées. Deux « catalogues » remarquables entrés récemment dans la collection du Cdla : AL DE ZWART-WIT FOTO’S TOT 1998 de Gef Geys (Bourg-Léopold, 1934 – Genk, 2018) et Catalogue des achats* de Jacques André (Bruxelles, 1969).

Publié en 1998, conjointement par l’artiste et le Provinciaal Centrum voor Beeldende Kunsten Begijnhof de Hasselt AL DE ZWART-WIT FOTO’S TOT 1998 [Toutes les photos noir et blanc jusqu’en 1998] est un imposant – massif – volume de 508 pages, d’un beau format de 31 x 25,3 cm (et 6 cm d’épaisseur…).
C’est une «somme» : une œuvre qui résume toutes les connaissances relatives à un sujet, une somme – au point le plus haut.
Plus de 20.000 photographies en noir et blanc (moments de vie privée et de vie publique) prises par l’artiste sont reproduites sous forme de planches « contact ». Ce pourrait être une forme d’archives.
Comme une suite à ce livre, Jef Geys réalise pour la Documenta 11 de Cassel en 2002, Een dag, een nacht, een dag… [Jour et nuit et jour…], un film en noir et blanc de trente-six heures qui montre, à la manière d’un diaporama, toutes les photographies prises par l’artiste de 1958 à nos  jours. « Fonctionnant en boucle et régi par un lent mouvement de balayage de droite à gauche, qui est le sens inverse de la lecture, le film fait défiler de façon chronologique une archive colossale et obsessionnelle naviguant sans cesse entre la sphère intime et le domaine public et  artistique. Souvent décrit comme une « œuvre ultime » ou un « anti-film », le projet de Jef Geys, dont la durée et la lenteur empêchent de fait une visualisation totale, reste avant tout une œuvre en construction car laissée ouverte, inachevée ». (Extrait de la notice de Een dag, een nacht, een dag… sur le site de l’Institut d’art contemporain – IAC à Villeurbanne qui conserve dans sa collection une copie du film. Voir http://i-ac.eu/fr/collection/59_documenta-11-JEF-GEYS-2002).

Autre collection d’images – cependant bien différentes – celle que propose Jacques André dans une publication parue depuis peu.
D’ordinaire, Jacques André achète en nombre, accumule – de manière compulsive – quantité d’exemplaires d’un même objet (livres, disques ou DVD), objets qu’il considére comme des « marqueurs culturels » de l’époque.
Il les expose ensuite de diverses façons – sous forme d’empilements, d’assemblages composés dans des vitrines, sur des étagères… Dans une exposition récente au Mac’s, titrée Buku Buku, Jacques André donnait à voir l’ensemble des livres achetés depuis 2004, ensemble intitulé ARTERS : Achats à Répétitions, Tentatives d’Épuisement, Reconstitutions de Stocks. Le Catalogue des achats* 2004-2017 *répétitions, épuisements, reconstitutions édité à l’occasion de l’exposition en est le « catalogue » différemment arrangé (non plus dans des volumes architecturés ou sculpturaux, mais dans les pages d’un « volume » – réunion d’un certain nombre de cahier imprimés, reliés ou brochés, et ici agrafés).

Tout catalogue est la liste descriptive – qui emprunte plusieurs formes : textes, images – de tous les éléments d’un ensemble ou d’une collection.
Jacques André choisit de donner à voir (à lire) son catalogue par l’image. Seule la couverture de chaque item est reproduite, avec, en dessous le nombre d’exemplaires trouvé, collecté : 280 exemplaires du books on books de Martin Kippenberger ; 345 exemplaires de Histoire du  socialisme (Du socialisme primitif au socialisme des créateurs) d’Isidore Isou ; 98 exemplaires de They called her Styrene d’Ed Ruscha ou encore 9 éditions de Do It de Jerry Rubin soit 162 volumes. (Au fil des pages on découvre même les couvertures de deux catalogue publiés par le Frac Limousin au début des années 1990, celui de William Wegman et celui de Douglas Huebler…).
Page après page on devine des agencements variés. Arrangements par couleur : des couvertures rouges, des couvertures noires (aucun lien autre que la couleur entre elles, apparemment), d’autres associent des couvertures avec le portrait de l’auteur ou de l’artiste auquel le livre est consacré. D’autres encore proposent des rapprochements moins anodins ou plus fantasques (dans une veine très « belge »), par exemple en page [13] cette collection de moustaches : Nietzsche, Roussel, Gissing, LHOOQ, Mariën et la moustache de lait de la couverture d’un bien connu catalogue de General Idea.

Dans le choix de « marqueurs culturels » – specimens de livres, de catalogues achetés, principalement à Bruxelles, entre 2004 et 2017 – que propose Jacques André se téléscopent auteurs (Proudhon, Ginsberg, Adorno, Mallarmé et tant d’autres) artistes (Martial Raysse, Bacon, Quentin Metsys, Jef Geys, Broodthaers et tant d’autres) couvertures remarquables de collections de maisons d’éditions (« Tout l’œuvre peint » publiée par Flammarion, 10/18, Folio, et tant d’autres).
Sur le travail de Jacques André on lira l’article de Laurent Courtens, Un art consommé, paru dans le n° 42 de la revue « L’art Même », pages 36-37 (voir http://www.lartmeme.cfwb.be/no042/documents/AM42.pdf).

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à suivre

 

Feuille d’information #4 : « Catalogues en tous genres – III »

→ Du 26 mars au 17 avril 2018 à l’ENSA Limoges

Conçue en trois volets, la première exposition de « Premier rang » traite du catalogue suivant une typologie ou classification simple : le catalogue comme lieu d’exposition ; les catalogues conçus et/ou produits par les artistes ; quelques catalogues remarquables ; de « vrais » catalogues.
Cette troisième et dernière partie de l’exposition rassemble des publications de Laurence Aëgerter, herman de vries, Ben Vautier, Mel Bochner, Christian Boltanski, Calderara, Ernest T., Ewerdt Hilgemann, Jacques Louis Nyst, Hubert Renard, Jiri Valoch, Andy Warhol…
Une grande place est accordée aux « vrais » catalogues, notamment – et paradoxalement – à ceux d’Hubert Renard.

Hubert Renard poursuit depuis des années un travail qui interroge ses propres conditions d’être au monde. Convoquant des formes très variées, il réalise des dispositifs qui permettent d’observer les enjeux et les usages de la création artistique, de la construction de l’œuvre à sa monstration, de sa diffusion à sa conservation, en jouant sur différents modes : analytique, critique, politique, stylistique, mais aussi ironique, décalé ou parodique. (Avant-propros, Hubert Renard à La galerie Souterraine, [édité par l’artiste], 2013).
Une part essentielle du travail d’Hubert Renard à consisté, jusqu’en 2008(1), en l’édition de catalogues et autres documents (cartons d’invitations, affiches, boîtes documentaires…) relatifs à l’œuvre d’un artiste nommé Hubert Renard, double fictif de Hubert Renard, artiste né en 1965 à Lyon, (vit et travaille à Paris).
[…] C’est par la photographie d’exposition, ce document qui atteste de la réalité de l’œuvre, que j’ai été amené à faire un premier catalogue d’exposition [Três jovens artistas lioneses, Fondation Fausto Costa Negreiros, & Sao Paolo, 1976 – (1988)], en considérant le livre comme un  élément parmi d’autres du paratexte de l’art. L’édition, et plus particulièrement les catalogues d’exposition, m’ont semblé la meilleure façon de présenter mon travail, avec l’envie de faire exister des œuvres simplement par le texte et la reproduction, en inventant des musées et des lieux d’art plus ou moins lointains, mais dont l’existence paraissait crédible.
(Hubert Renard, entretien avec Jérôme Dupeyrat ; Entretiens – Perspectives contemporaines sur les publications d’artistes, Rennes, éditions Incertain Sens – collection grise, 2018).

(1) Toutefois, avec des publications plus tardives ; The exhibition of the Space below – The catalog (2010) ; Hubert Renard à La galerie Souterraine (2013) ou Invitation en 2015 apparait une singulière porosité en les catalogues des deux Hubert Renard.

Didier MATHIEU

Bibliographie :

http://hubrenard.free.fr/index.html
On peut également consulter la page Wikipédia consacrée à Hubert Renard, il se pourrait qu’elle soit rédigée par lui-même.
Les Cahiers du Musée national d’art moderne « Du catalogue » n° 56/57, été-automne 1996, Paris, éditions du Centre Georges Pompidou.

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à suivre

 

Feuille d’information #3 : « Publications en séries » éditées en Belgique dans les années 60, 70 et 80

→ Du 26 février au 19 mars 2018 à l’ENSA Limoges

Visuel exposition PREMIER RANG, feuille d'information#3

Visuel exposition PREMIER RANG, feuille d’information#3

Visuel exposition PREMIER RANG #3 rang #3

La présente exposition se glisse entre deux des volets de l’exposition Catalogues en tous genres afin de coïncider avec la journée d’étude du 28 février dirigée par François Coadou et programmée dans le cadre du projet Le Daily Bul : revues d’artiste, livres d’artiste et Belgique sauvage coordonné par François Coadou et Didier Mathieu.

Les deux premières vitrines sont consacrées aux éditions de Montbliard et du Daily Bul, fondées par André Balthazar et Pol Bury en 1957 à La Louvière. On retrouve quelques-unes des 62 « Poquettes volantes », minces volumes de petit format (dans les 14 x 11 cm) éditées entre 1965 et 1979, et un numéro de la revue Daily-Bûl qui perdra vite son circonflexe accent, pour devenir Daily Bul et comptera 14 numéros édités entre 1957 et 1968 – puis en 1983.
(On peut noter déjà dans nos agendas que la revue Daily-Bûl et l’ensemble des « Poquettes volantes » seront exposées au Centre des livres d’artistes en octobre 2018, exposition réalisée par les étudiantes de l‘arc « Type de support : livre d’artiste etc. »).
Côté « Poquettes », sont montrées, d’une part celles de Pol Bury et Ernest Pirotte et d’autre part celles de Jacques Calonne (Mons, 1930) musicien lié au mouvement Cobra qui cosignera en 1957, « Il manifesto contro lo style » avec, entre autres, Serge Vandercam, Pierre Restany et Yves Klein. Yves Klein – apparemment si peu dans l’univers Bul – dont Le dépassement de la problématique de l’art est publié en 1959 aux éditions de Montbliard. André Balthazar parle, dans un émouvant et drôle entretien, de sa rencontre, en cette année 1959 (en mars) avec Klein lors de l’exposition Vision in Motion http://flux-news.be/2014/08/27/entretien-avec-andre-balthazar-2012-flux-video/à Anvers, au Hessenhuis, exposition de groupe avec Breer, Bury, Mack, Munari,Uecker, Piene, Rot, Soto, Spoerri et Tinguely.

Par ailleurs on trouve sur le site http://www.yvesklein.com/fr/expositions/view/1160/vision-in-motion-motion-in-vision/ des images prises lors du vernissage de l’exposition anversoise.
Côté revue Daily-Bûl un seul numéro est montré, le 9 de 1963 titré « Le nouveau réalisme dépasse-t-il la fiction ? ». En regard du livre d’Yves Klein, toute la pensée Bul est dans ce grand écart.

A ces publications strictement Bul sont ajoutées deux autres.
La première est le numéro 5 (et dernier) de la revue material édité par Daniel Spoerri et Willy Adam en 1959. Ce numéro associe deux textes de Ghérasim Luca à un objet (de papier) de Pol Bury.
La deuxième, en écho quasi idéal à la communication de Marc Décimo « Penser Belge. Penser pataphysique » au cours de la journée d’étude, est un programme sous forme d’affiche qui annonce La fête à la Gioconde, le 30 avril 1965 à Paris, chez Milvia Maglione et Lucio Del Pezzo.

On peut y lire trois textes de Ernest Pirotte (nom de plume de Pol Bury), André Balthazar et Emmett Williams.
Placée « Sous le haut patronage de Marcel Duchamp (Jocondologue) »,  la soirée réunissait entre autres : Teeny Duchamp, Lourdes Castro, Camacho, Segui, Rotella, Monory, Klasen, Voss, Dufrêne, Dietmann, Filliou, Sarkis, Brusse, Rancillac.

Dans la suite de l’exposition, avec les revues et publications en série De Tafelronde, In Octavo, Aménophis, Revue Numéro, et les publications des éditions Yellow Now, nous nous éloignons du Hainaut, et allons vers le Nord et l’Est à Anvers, Bruxelles et Liège.

De Tafelronde est une revue éditée à Anvers par Paul De Vree (Anvers, 1909-1982), dont le premier numéro paraît en 1953. Au tournant des années 1960 la revue deviendra un organe de diffusion du mouvement de poésie concrète. Paul De Vree, figure éminente de ce mouvement – et poète familier de la poésie sonore – rencontre à Limoges Raoul Hausmann (Vienne, Autriche, 1886 – Limoges, 1971) et publie au fil des numéros de De Tafelronde textes et dessins du Dadasophe.

In Octavo publié par Guy Schraenen en 1990-91 est une suite de dix minces brochures, chaque numéro étant confié à un artiste (Aeschbacher, Gianni Bertini, Henri Chopin, Luc Deleu, Denmark, Peter Downsbrough, Wilfried Huet, Jiri Kolar, Marie Orensanz, Bernard Villers).

Guy Jungblut fonde en 1969, à Liège, en Roture, la galerie Yellow Now. La galerie entendait promouvoir des artistes qui s’écartaient des supports traditionnels et exploraient la photographie, le livre, le cinéma, la vidéo (qui n’était encore que balbutiante). Elle exposera Ben, Nyst, Annette
Messager, les Leisgen, Filliou, Gerz, les Poirier, Gette, Charlier… En 1971, elle organisera la première manifestation d’art vidéo en Belgique : Propositions d’artistes pour un circuit fermé de télévision.
En 1973, un premier « livre d’artiste », Mes clichés-témoins, de Annette Messager se trouve à l’origine des éditions Yellow Now. Deux ans plus tard la galerie ferme et Guy Jungblut se consacre essentiellement pendant une quinzaine d’années à l’édition de livres d’artistes avec Didier Bay, Jochen Gerz, Paul-Armand Gette, Jean Le Gac, Anne et Patrick Poirier, Jacques Louis Nyst, Jean-Pierre Ransonnet, Jacques Lennep, John C. Fernie…
Des éditions Yellow Now nous avons choisi de montrer un ensemble de livres de Jacques Louis Nyst (Liège, 1942 – Sprimont, 1996) peintre, écrivain, photographe, cinéaste et vidéaste discret.

Les acteurs de mes livres, vidéogrammes, textes et photographies sont souvent des objets familiers apparemment dérisoires tels une minuscule cafetière, jouet d’enfant, une ombrelle en papier, une poupée, quelques cailloux ou plus récemment un trou dans une prairie (chantoir) au bord
duquel un clown vient jouer de la trompinette. L’aspect vulnérable, fragile de ces objets capte mon attention. C’est de cela qu’il est essentiellement question dans mon activité. Un moment d’attention. Si la réflexion qui en découle est parfois teintée d’humour, voire d’ironie, c’est en majeure partie vers moi qu’elle est dirigée. Rien n’a de l’importance, moi non plus.
La fragilité est un fragment de mon «autoportrait.» (Jacques Louis Nyst, Ironie, ironie, texte inédit cité par Chris Dercon dans Hyaloïde, Yellow Now, 1986).

En 1980 Jacques-Louis Nyst est l’auteur de La planète des Mouches numéro 5 de la Revue Numéro, revue d’une grande simplicité – peu de pages non reliées – et d’un élégant format, éditée à Bruxelles par E. Tilman et E. de Moffarts.
On ne peut dire combien de numéros ont été publiés tant cette revue est restée confidentielle. Outre celui de Nyst sont montrés ceux réalisés par Claude Rutault – Onze rue Clavel 75019 Paris (le numéro 4) en 1979 et Lefevre Jean Claude en 1980.

Aménophis « Revue sous bandelettes » était publiée à Bruxelles par André Morlain, Robert Kayser, Marie-Claire Gouat. 38 numéros ont vu le jour entre 1968 et 1993 dont certains sous forme d’affiche (dont celle de Jochen Gerz Cinq doigts font un poing, Aménophis n° 10).
La revue fédère des artistes, poètes et auteurs d’horizons variés : Thierry Agullo, Gianni Bertini, Daniel Biga, Clemente Padin, Michele Perfetti, Jean-François Bory, Roland Flexner, Jean-Claude Moineau, Jean-Pierre Verheggen, Christian Prigent, Marcel et Gabriel Piqueray, Théodore Koenig, Pierre Puttemans…
Dans le numéro 26 « Le hareng mystique » on peut lire un texte de François Jacqmin (1929-1992) qui a publié au Daily Bul et dans les revues Phantomas et Temps mêlés, texte titré « Ode au hareng », dédié à André Balthazar. En quelque sorte un retour à La Louvière.

Didier MATHIEU

Bibliographie :

  • Johan Pas Artists’ Publications : The Belgian Contribution, Cologne, Verlag der Buchhandlung Walther König, 2017.

→ Télécharger La feuille d’information #3 : Publications en séries

à suivre

 

Feuille d’information #2 : Catalogues en tous genres

→ Du 2 au 26 février 2018 à l’ENSA Limoges

Visuel exposition Premier rang

Conçue en trois volets, la première exposition de « Premier rang » traite du catalogue suivant une typologie ou classification simple : le catalogue comme lieu d’exposition ; les catalogues conçus et/ou produits par les artistes ; quelques catalogues remarquables ; de « vrais » catalogues.

Cette deuxième partie de l’exposition rassemble des publications de herman de vries, Paul-Armand Gette, Henri Chopin, Jean-Michel Othoniel, Bernhard Luginbühl, Bernhard et Hilla Becher, Farah Khelil.

Deux publications de herman de vries (Alkmaar, Pays-Bas, 1931), éditées à plus de trente ans d’intervalle, sont des catalogues au sens d’inventaire. Inventaire poétique s’agissant du catalogue incomplète d’exposition complète de luang-prabang. a random sample of my visual chances, 18-1-1975 édité en 1976 par artists press à Berne et, inventaire et répertoire scientifique – évidemment chez de vries, poétique, s’agissant des deux volumes de the earth museum catalogue 1978-2015 édité par l’artiste en 2016.
Comme l’indique son titre le catalogue de l’exposition de Luang Prabang, ville du Laos où séjourne herman de vries en 1974 et 1975, est incomplet : 36 images de la ville et de ses alentours, réalisées suivant un protocole de prise de vue défini à l’aide d’une table de calcul aléatoire donnant le moment et l’angle de prise de vue. L’exposition – elle – était et reste « complète » comme l’annonce l’affiche, à l’époque imprimée sur place : poésie actuelle / exposition complète de luang-prabang / comprenant tous les éléments de paysage de ville et tous les objets, vivants et morts de la région de luang-prabang / l’exposition est ouverte tous les jours, par tous les temps à continuer partout et par tous.

the earth museum catalogue 1978-2015 est précisément le catalogue du musée des terres, échantillons collectionnés par herman de vries à partir de 1976 dans le Péloponnèse, au Sikkim et à Gomera. Depuis, d’autres terres ont été rapportées du monde entier par l’artiste, par des amis et le « earth museum », aujourd’hui installé au Musée Gassendi à Digne-les-Bains, compte plus de 7500 échantillons. Le musée des terres est une sorte de « conservatoire » dans lequel de vries puise pour réaliser des frottages – oeuvres sur papier dont on a pu voir un bel exemple en 2015 au pavillon néerlandais de la biennale de Venise.
Dans le premier volume du catalogue l’ensemble des terres est donné à voir sous forme de planches de frottages de petites dimensions. Le deuxième volume est le répertoire des provenances des terres.

Le catalogue viserait donc à donner à lire, à voir, une totalité. En ce sens plusieurs livres de Claude Closky (Paris, 1963) ont à voir avec le catalogue : Tout ce que je peux être ou encore Tout ce que je peux avoir, deux publications de 1993, et assurément Mon catalogue édité en 1999 par le Frac Limousin. Mon catalogue fait la liste – jusqu’à l’absurde, d’objets et autres artefacts d’un réel ou improbable quotidien (mes gants, mon sommier articulé, mon enrouleur de fils électriques, mes jumelles camouflage, le peigne antipuce à dents rotatives de mon chien). Tous ces objets et les textes descriptifs qui les accompagnent on été trouvés dans des pages de publicité.
ILUO, publication qui accompagne son exposition éponyme au cdla durant l’été 2017 est bien un catalogue d’exposition au sens strict , la liste – en images – des livres et publications montrées dans l’exposition. De plus, la mise en page de l’ouvrage évoque le dispositif d’exposition : seule la couverture des livres est donnée à voir, environnée par des agrandissements des pages intérieures. Le colophon de chaque publication tient lieu de légende – ou de cartel.

Un catalogue dit « raisonné » est la présentation systématique, ordonnée et intégrale des oeuvres produites par un artiste. L’adjectif « raisonné » renvoie plus spécifiquement au travail de mise en ordre, travail à la fois analytique et synthétique.
A propos du « catalogue raisonné », le site web de la librairie Michel Descours donne à lire ce texte de Pierre Rosenberg (lui-même auteur des catalogues des dessins de Jacques-Louis David et Nicolas Poussin) : Dresser la liste complète des oeuvres d’un artiste, c’est se pencher sur ses créations avec minutie, avec l’attention la plus scrupuleuse, c’est tenter de retrouver ses oeuvres où qu’elles soient conservées, dans les musées comme dans les collections privées, les rechercher dans les salles de vente comme dans le commerce – tâche souvent délicate – c’est étudier  tous les documents qui se rapportent à ces oeuvres et nous en rapprochent – archives et témoignages écrits, catalogues de vente, catalogues de musées et d’expositions, documentations photographiques, correspondances artistiques et privées…

Avec Plastiken geöffnet [Sculptures ouvertes] Bernhard Luginbühl (Berne, 1929 – Langnau im Emmental, 2011), sculpteur proche de Jean Tinguely, réalise lui-même son catalogue raisonné sous forme de dessins cotés de ses sculptures. Formellement c’est un petit (16 x 14 cm) mais imposant volume dont la couverture est en métal (un peu rouillé) et certaines pages en papier kraft huilé (qui sert habituellement à l’emballage de pièces métalliques) ! Un catalogue au plus près des oeuvres monumentales de l’artiste. Plastiken geöffnet faisait partie de la sélection de livres d’artistes présentée lors de la Documenta 6 (Kassel) en 1977.

On a déjà vu dans le précédent volet de l’exposition que le catalogue peut prendre des formes qui s’éloignent de l’ouvrage «convenu» qui associe texte d’un critique, images des oeuvres, et annexes obligées mais parfois – ou souvent – principales (biographie, bibliographie, liste des  expositions personnelles et de groupe, etc.) : 14.8.2016 20:34 est un ensemble de 29 cartes postales, catalogue de la biennale d’art contemporain de Bregenz 2016 (biennale dont la seule existence est son catalogue).
Paru en 1977, l’ensemble de 48 cartes postales titré Image Bank Post Card Show est – à la fois une exposition et son catalogue, les deux conçus par Michael Morris et Vincent Trasov à Vancouver. Quarante-huit artistes dont Yvonne Rainer, Dick Higgins, Ray Johnson, Hermann Nitsch, Robert Filliou, Alison Knowles, General Idea, Vito Acconci, Gordon Matta-Clark, Eleanor Antin, Edward Ruscha, Geoffrey Hendricks, Ben Vautier, Jean Le Gac… ont été invités à réaliser une carte postale.
En quelque sorte une façon de « pulvériser » l’idée du catalogue et de sa diffusion (on peut voir des images de l’exposition sur http://openspace.ca/programming/image-bank-postcard-show).

A défaut de voir l’exposition, on peut toujours en consulter le catalogue, c’est une pratique assez répandue. Tout catalogue d’exposition est la mémoire d’une exposition (ce n’est déjà pas si mal), sans être forcément la mémoire d’une confrontation avec des oeuvres, dans le lieu de leur
exposition.
En 1970, Henri Chopin (Paris, 1922 – Norfolk 2008) fait paraître aux éditions Il Punto à Turin un catalogue de petit format, catalogue d’une manifestation qui aurait eu lieu au large des îles de Ré et Oléron, dans un bâtiment militaire construit au début des années 1800 (devenu célèbre, au début des années 1990, à cause d’une émission de télévision). Ce catalogue FESTIVAL DE FORT BOYARD 1967 rassemble les reproductions en noir et blanc des affiches créées par Serge Béguier, Antonio Berni, Gianni Bertini, Julien Blaine, Henri Chopin, Nikos et Wolman. pour annoncer une exposition qui n’a jamais eu lieu.

« Vraies » publications, « faux » catalogues, qu’en est-il ? Le troisième et dernier volet de l’exposition tentera de démêler le faux du vrai.

Et comme l’écrivait Bernhard Luginbühl « muni de fromage emmental et de chocolat suisse rien ne peut t’arriver à l‘étranger (comme le disait Tinguely). ».

 

Bibliographie :

  • Les Cahiers du Musée national d’art moderne « Du catalogue » n° 56/57, été-automne 1996, Paris, éditions du Centre Georges Pompidou.

→ Télécharger La feuille d’information #2 : Catalogues en tous genres

à suivre

 

Vitrines de l'Exposition PREMIER RANG Vitrines de l'Exposition PREMIER RANG Vitrines de l'Exposition PREMIER RANG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Feuille d’information #1 : Catalogues en tous genres

→ Du 9 au 31 janvier 2018 à l’ENSA Limoges

Mais quand l’art se préoccupe de choses qui ne sont pas en rapport avec la présence physique, sa valeur intrinsèque (de communication) n’est pas altérée par sa présentation dans les médias imprimés.

L’utilisation de catalogues et de livres pour communiquer (et disséminer) l’art est le moyen le plus neutre pour présenter le nouvel art. Le catalogue peut maintenant jouer comme information première pour l’exposition, en opposition avec l’information secondaire au sujet de l’art dans les magazines, catalogues, etc., et dans certains cas, l’«exposition» peut être le «catalogue».

Seth Siegelaub dans « On Exhibitions and the World at Large. Seth Siegelaub in Conversation with Charles Harrison », Studio International, vol. 178, n° 917, décembre 1969, page 202.

Mise en place en ce mois de janvier, l’exposition inaugurale de « Premier rang» traite du catalogue, en écho à la publication January 5 – 31 1969 éditée en 1969 par Seth Siegelaub galeriste, marchand d’art, commissaire d’expositions et éditeur installé à New York. Elle est divisée,
dans le temps en trois parties et, dans l’espace, en quatre sections : le catalogue comme lieu d’exposition ; les catalogues conçus et/ou produits par les artistes ; quelques catalogues remarquables ; de «vrais» catalogues.
On verra comment les frontières entre ces différentes sections sont, évidemment, poreuses, et comment toutes les publications montrées peuvent être rangées sous la définition simple du catalogue : une liste méthodique accompagnée de détails, d’explications. Le catalogue est aussi
inventaire, dénombrement, index, nomenclature, répertoire.

Cette première partie de l’exposition rassemble des publications de Carl Andre, George Brecht et Robert Filliou, Daniel Buren, Peter Liversidge, Daniel Spoerri, Simon Starling, Harald Szeemann, Eric Watier et de claude rutault pour qui le catalogue, sauf lorsqu’il constitue l’exposition, ne peut dispenser d’aller voir… ; tout croquis, toute photographie, toute description de l’exposition ou de son projet, n’en constituerait qu’une représentation, elle orienterait le regard sur un aspect particulier, celui privilégié par ce mode de présentation : l’affiche, le catalogue… ; pendant le temps de l’exposition, il n’est pas nécessaire de produire un volumineux catalogue illustré de nombreuses photographies couleur mais de réaliser un document autour de l’exposition même. la peinture est là, à voir.

→ Télécharger La feuille d’information #1 : Catalogues en tous genres

à suivre

 

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« Premier Rang » est un projet de premier ordre mené conjointement par L’Ensa et le Cdla – Centre des livres d’artistes, dans le cadre de l’Atelier de Recherche et de Création – ARC « Type de support : livre d’artiste etc. ».

Remerciements à Jean-Bernard Bertrand, menuisier (ENSA) et Sébastien Bienaimé, responsable des services techniques (ENSA)

Partenaires institutionnels du projet : Direction régionale des affaires culturelles de Nouvelle Aquitaine ; Région Nouvelle Aquitaine.


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